Plastique : une étude détaille une voie vers la circularité et la neutralité carbone

Plastique : une étude détaille une voie vers la circularité et la neutralité carbone

Aujourd'hui, la part du recyclage n'est que de 14 % des déchets plastique générés.

D'ici à 2050, il est possible de réduire certains usages du plastique, d'augmenter sensiblement la part du recyclage et de décarboner massivement la production de plastique en Europe. Pour cela, il ne faut pas nécessairement augmenter les investissements prévus pour les trente prochaines années, mais les orienter pour actionner les bons leviers. Telles sont les principales conclusions d'une étude réalisée par Systemiq pour Plastics Europe et présentée ce lundi 4 avril.

Titrée « Repenser les plastiques », cette étude a été réalisée par l'institut à l'origine du rapport « Breaking the plastic wave », qui a alerté sur un possible triplement du volume de plastique dans les océans si rien n'est fait d'ici à 2040, précise Plastics Europe. « Nous partageons les grandes lignes de l'étude que nous avons commandée, mais pas forcément tout », commente Jean-Yves Daclin. Et pour cause : si l'étude montre qu'il est possible de verdir la production des plastiques, elle « remet en cause certaines hypothèses de nos membres », explique le directeur général de Plastics Europe France. En l'occurrence, certains investissements ne sont clairement pas compatibles avec les trajectoires que propose Systemiq.

Les engagements volontaires stabilisent les volumes éliminés

Concrètement, l'étude prend en compte les quatre principaux secteurs qui représentent 75 % de la consommation de plastique [soit 36,9 millions de tonnes (Mt) en 2020] : l'emballage (16,7 Mt), la construction (10,3 Mt), les biens de consommation (5,6 Mt) et l'automobile (4,4 Mt). « Par extrapolation, les conclusions ne devraient pas être très différentes pour les autres secteurs », estime Jean-Yves Daclin. Aujourd'hui, la part du recyclage n'est que de 14 % des déchets générés (ceux-ci sont évalués à 25,2 Mt), l'essentiel étant encore incinéré (48 %) ou enfoui (27 %). Pour évaluer l'évolution aux horizons 2030 et 2050, Systemiq a planché sur cinq scénarios. Plastics Europe en retient trois en particulier.

Le premier scénario est construit sur la base des politiques actuelles. Il prend en compte la réglementation européenne, comme les directives SUP (pour single-use plastics), Emballages ou encore Déchets, ainsi que les engagements volontaires, notamment ceux de l'Alliance circulaire sur les plastiques. Sur la dynamique actuelle, les « solutions circulaires » pourraient doubler et atteindre 30 % des volumes de déchets en 2030. Sont pris en compte la réduction à la source (5 % du gisement pourraient être évités), le recyclage mécanique (21 % du gisement) et le recyclage chimique (4 %). Cette part « circulaire » stagnerait ensuite, puisqu'elle atteindrait 33 % en 2050. Autre remarque importante : ces progrès ne feraient qu'absorber la hausse structurelle de la consommation de plastiques, ce qui a pour corolaire une stabilité des volumes de déchets éliminés. En effet, le volume attendu en 2050 est de l'ordre de 35,8 Mt, soit environ 10,6 Mt de plus qu'aujourd'hui (une progression de 42 % en trente ans).

Des solutions circulaires pour gérer 78 % des déchets en 2050

Pour aller plus loin, l'étude propose un scénario « circulaire », qui pousse les leviers « 3R » (pour réduire, réemployer et recycler) aussi loin que Systemiq le juge possible. Ces solutions circulaires pourraient alors assurer la gestion de 78 % des volumes de déchets anticipés en 2050. La réduction peut permettre d'éviter 25 % des volumes anticipés (soit 9,1 Mt), le recyclage mécanique peut en gérer 27 % (9,8 Mt) et le recyclage chimique 21 % (7,3 Mt). Les 4 % restant sont gagnés grâce à la substitution du plastique par d'autres matériaux. À noter aussi que ce scénario prévoit une valorisation de 3,9 Mt de tonnes de déchets plastique associée au recyclage chimique. Il s'agit du gaz produit lors de la pyrolyse des déchets et qui est brûlé pour alimenter le processus. Mais également d'une fraction de l'huile de pyrolyse qui est valorisée énergétiquement lors de la phase de vapocraquage au début du process de fabrication des plastiques.

L'analyse de Systemic montre aussi que certains secteurs sont plus adaptés que d'autres à certaines mesures. Ainsi, les mesures de réduction sont particulièrement pertinentes pour les emballages, notamment parce que les emballages peuvent être sensiblement améliorés pour réduire les besoins en plastique (en réduisant leur taille, notamment) et que le papier-carton offre un bon substitut. C'est moins vrai pour le secteur de la construction et de l'automobile. Quant au recyclage mécanique, il est relativement bien adapté aux secteurs étudiés, à l'exception des produits de consommation. Ces derniers présentent souvent un mélange de matières trop important, à l'image des jouets. Cette difficulté devrait pouvoir être contournée grâce au recyclage chimique.

Optimiser les procédés et les décarboner

Le troisième scénario mis en avant par Plastics Europe ajoute des mesures d'optimisation des processus industriels en appliquant les meilleures techniques disponibles et de décarbonation. Les technologies en question sont la capture et le stockage du CO2 (ou son emploi), le recours à l'hydrogène vert comme énergie ou matière première, ou encore le recours à la biomasse. Ce dernier scénario est évalué sur la base des gains d'émissions de CO2, puisque les gains en termes de circularité sont liés au précédent.

En 2050, si aucune mesure n'est prise, l'industrie européenne du plastique devrait émettre 112 millions de tonnes de CO2 (MtCO2), sur le périmètre des quatre secteurs étudiés par Systemiq. Ces émissions pourraient tomber à 92 MtCO2, sur la base des engagements actuels. La mise en œuvre du scénario circulaire doit apporter un gain supplémentaire de 59 MtCO2. Enfin, les 33 MtCO2 restantes doivent pouvoir être éliminées avec le scénario « décarbonation ».

L'étude ajoute plusieurs conclusions instructives. Tout d'abord, seul le scénario « décarbonation » est en accord avec les objectifs européens de réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2030 et 2050. Ensuite, sa mise en œuvre n'est pas forcément plus coûteuse. « Il ne s'agit pas d'investir plus, mais d'investir mieux », résume Jean-Yves Déclin, qui considère que « cette étude bouscule l'industrie plastique ». Enfin, compte tenu du temps long de cette industrie, les cinq prochaines années seront déterminantes pour engager à temps les investissements nécessaires.

Art du 04/04/2022 - ACTU ENVIRONNEMENT